[ Là, ici, ailleurs, où ça ? ]

Publié le samedi 15 janvier 2005

[ Samedi 15 janvier 2005 ]

2097
Ca fait un petit bout de temps que je l'ai écrit, ce 'est pas très crédible, j'en suis consciente, je peux simplement invoquer le fait que je ne connaisse pas les insondables mystères de la programmation ôô ---- Année 2097, 142ème jour, Etats-Unis. Mathématiques. Début du cours 9h05. C’est bon, le tuyau des connaissances est bien placé. Je regarde fixement l’écran comme on me l’a appris. L’instant d’après, je reçois la leçon, tous les théorèmes, toutes les propriétés, je comprends instantanément tout. Fin du cours 9h06. Mathématiques. Exercices. Début 9h07. Je suis prête à m’entraîner. Je connais tout. Les exercices inondent mon cerveau. Je tape les réponses sur l’ordinateur qui me répond immédiatement. Parfait, dit l’écran. Je me débranche. Je reviens à la réalité. Et je m’en veux. Je supporte de moins en moins cet afflux d’informations incessant. J’ai d’immenses connaissances certes, je sais manipuler sans difficultés les nombres complexes et les nombres simples, je sais résoudre tous les problèmes physiques que pose l’ordinateur, je connais l’histoire humaine et biologique sur le bout des doigts. Nous n’avons besoin de rien pour réfléchir, seulement d’un tuyau : tout est pré mâché et nous avalons sans sentir le goût. Année 2097, 142ème jour, Italie. Philosophie. Début du cours 9h10. Je ne me suis pas branchée, l’ordinateur me le fait remarquer. Je ne peux même pas éteindre le son ! Pour ne pas me faire remarquer, je me branche une nouvelle fois et prend le train en marche. En une seconde, je connais tous les philosophes grecs, leurs idées, sans avoir pour autant le temps de forger la mienne propre. Fin du cours 9h11. Pause. Reprise à 10h05. J’enlève le tuyau infâme de ma tempe. Je me lève et marche un peu. Je deviens amorphe à force de ne plus faire de sport. Je me rends enfin compte de l’erreur des programmes d’éducation sur lesquels sont automatiquement inscrits tous les nouveaux nés de n’importe quel pays de la planète. Ce qu’il manque à un programme, c’est son humanité. C’est décidé, je me lance dans la piraterie. Année 2097, 154ème jour, Mexique. Grec ancien. Début du cours 17h05. Je suis déjà branchée depuis un bout de temps. J’ai hâte de découvrir si oui ou non ça va fonctionner. Je suis envahie d’informations que ma tête stocke immédiatement. Je crains que ça ne marche pas. Soudain, c’est le silence dans la transmission. J’allume mon micro. ‘Je suis Gibl. A vous.’ Un grésillement. Je reste terriblement angoissée. ‘Je suis Tyn. Je vous entends Gibl. A vous.’ C’est à peine si je saute de joie. Je n’ai pas le temps d’ajouter quoi que ce soit : Fin du cours 17h07. Problème dans la ligne. Tous les réseaux vont être mis à jour. Débranchez vous. Début mise à jour 17h47. La liaison est coupée. Mais j’ai réussi à entrer en contact avec quelqu’un que j’aime déjà sans le connaître. J’ai réussi. J’ai réussi. Leur mise à jour va détruire tout mon travail, mais je m’en fiche, je sais que ça fonctionne. Je peux l’étendre. Je peux entrer en contact avec le monde entier. Je peux défier la machine. Je peux tout contrôler. Année 2097, 155ème jour, France. Informations internationales. Début 7h59. Tyn entend : ‘Des fauteurs de trouble ont saboté nos lignes. Nous y avons remédié. Vous pouvez retourner à vos leçons sans crainte d’être dérangés. Nous faisons votre monde. Faites nous confiance et vous évoluerez.’ Et Tyn paraît satisfait. Fin 8h00.

[ publié par Zacharielle le 2005-01-15 14:21:34 ]

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